Roberto Gerhard
1896 - 1970
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Introduction à la musique de Gerhard par Calum MacDonald
Roberto Gerhard termina sa carrière au tout premier rang du mouvement moderne musical, produisant au cours de ses quinze dernières années une succession de partitions remarquables pour limagination étincelante qui régit leur texture et pour un discours presquaussi abrupt que celui de Varèse (Metamorphoses, une révision si complète de sa Seconde Symphonie quelle en devient pratiquement un ouvrage distinct, fut sa toute dernière oeuvre dans cette veine). Cette puissance que lon ne peut ignorer et laura qui sattache automatiquement à tout élève talentueux de Schoenberg tendent à dominer toute discussion de loeuvre de Gerhard.
Cependant avant détudier avec Schoenberg, Gerhard fut lélève de Granados et de Pedrell (il commémora ce dernier dans Pedrelliana); ce nest donc pas vraiment un paradoxe si, longtemps après ses années passées à Vienne et à Berlin, il continua à écrire de la musique en laquelle transparaît la tradition nationale espagnole, ou plus précisement de la musique enracinée dans les traditions de sa Catalogne natale. Des oeuvres aussi colorées, pleines de lesprit de la danse et marquées par lart populaire que sa Cantata de 1932, ou Albada, Interludi i Danza refusent dadhérer à quelque théorie de lévolution du mouvement moderne que ce soit. Pourtant, cet enrichissement de son expérience permit à Gerhard dapporter à ces deux oeuvres ainsi quà dautres dans le même genre une discipline de composition rare, et douvrir des voies nouvelles dans le domaine du chromatisme organisé (déjà exploré dans le Haiku et le Quintette à Vent) qui élargissent larchétype "folklorique" et le transforment en une musique à la portée universelle. Les principales formulations musicales de cette synthèse sont le ballet Don Quixote et lopéra La Duenna (dans une oeuvre qui comporte tant dassociations, lunion la plus heureuse est celle étonnamment naturelle du dialecte musical ibérique avec la prosodie anglaise). Dun autre côté, Gerhard ne voyait rien dincongru à produire des divertissements aussi enjoués quAlegrías ou Cancionero de Pedrell. En fin de compte, sa réussite est comparable à celle de Bartók en Hongrie mais est opérée à travers des moyens différents.
En fait, Gerhard ne renonça jamais complètement à son héritage catalan, qui continua à nourir son sens des couleurs flamboyantes et fournit même des inflections mélodiques particulières qui apparaissent jusque dans ses oeuvres les plus tardives. Mais les concertos pour violon, piano et clavecin marquent un éloignement des aspects les plus anecdotiques de cet héritage et un cheminement vers un langage plus souple et plus radical. La première manifestation importante de cette manière perfectionnée se rencontre dans la Première Symphonie officielle, lun des ouvrages les plus puissants de Gerhard. Ces acquisitions sont consolidées dans les oeuvres orchestrales et de chambre qui suivent, telles que le Nonet. Ces ouvrages illustrent de façon étonnante lunion dune rigueur sérielle dans lesprit post-Schoenbergien et dune fantaisie qui se développe librement avec lapparence dune improvisation: lidéal Debussyste dune musique en forme "darabesque sans fin". Et même dans leur forme la plus radicale et la plus stricte, ces oeuvres sont pénétrées dun charme et dun éclat méditerranéen qui témoignent des racines essentielles de leur compositeur.
Calum MacDonald, mai 1991
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