Louis Andriessen
b. 1939
Porträt
Introduction à la musique de Louis Andriessen par Elmer Schönberger
Dès lâge de vingt ans, dans Nocturnen, Louis Andriessen avait déjà manifesté son adhésion aux tendances francophiles pour lesquelles sa famille, un clan de compositeurs, était renommée. Au cours des années suivantes, il fournit dans diverses Ittrospezioni un commentaire opiniâtre sur ses expériences dans le nouvel univers de la série et de la raison, éleva labsence même de style au rang de style dans les deux Anachronie, et esquissa lépure de son avenir musical dans Contra tempus. Ce fut toutefois avec De Staat, en 1976, quAndriessen imprima sa marque indélébile sur la musique de lEurope daprès-guerre. Non seulement De Staat marquait lavènement de ce quon considère depuis comme le "véritable" Louis Andriessen, mais fracturait aussi la musique hollandaise en "pré-" et "post-". La source dune grande partie de ce quon a qualifié depuis, de "musique hollandaise typique", est indubitablement cette combinaison stimulante et immédiatement reconnaissable de pianos, harpes, instruments à vent, guitares basses et ensembles vocaux aux voix rapprochées, de bravoure et de monumentalité, de formalité et de spontanéité, de minimalisme américain et de prosaïsme terrien hollandais, qui donne à De Staat sa qualité sonore particulière et son dynamisme.
Toutes ces caractéristiques, y compris lapplication des techniques de la musique minimaliste, le matériau mélodique et harmonique entraînant, et les formes en chaîne riches en contrastes, représentent le point de départ dune quête qui a mené le compositeur aux confins du sujet musical et extra-musical, depuis De Tijd (Temps) à De Snelheid (Vélocité) et de De Materie (Matière) jusquà Tao (La voie). La thématisation de telles idées générales na pas cessé de présenter de nouveaux angles compositionnels une musique nouvelle "sur" ces concepts, pour employer un terme favori à Andriessen. Loeuvre typique dAndriessen est une composition riche en curiosité philosophique, dont lidentité est issue des choix constamment changeants mais toujours explicites dans le domaine de la structure et du matériau, et de linteraction entre constructivisme spéculatif et empirisme instinctif.
Mais loeuvre dAndriessen nest nullement uniforme. Elle embrasse au contraire de nombreux genres, prend aussi bien au sérieux le poids plume que létude aprofondie; elle est dune générosité peu moderniste dans la façon dont elle reconnaît son affinité avec dautres influences musicales, que ce soit celle de Stravinski ou Charlie Parker, de Bach ou de Ives, le boogie-woogie ou le rap. Cest cette ouverture desprit, alliée à une stricte discipline, qui a fait dAndriessen un professeur très recherché et qui a influencé toute une génération de compositeurs, entre autres Steve Martland, David Lang, Julia Wolfe et Cornelis de Bondt. Les compositions dAndriessen évoluent entre des extrêmes: de la rhétorique violente à la pure beauté intemporelle, de la musique rapide, bruyante, extravertie de De Stijl à la musique posée, sobre et méditative de Hadewijch, du théâtre musical à grande échelle de Rosa à la modeste musique de scène de Danses. Tout ceci est présenté dans toute une gamme dinstrumentation, allant dun orchestre dinstruments à vent (dans Symphonies des Pays-Bas, cette miniature enjouée De Staat) à un clavecin élégant dans lOuverture dOrpheus.
Le fait que la genre symphonique traditionnelle est absente de son oeuvre est une conséquence logique de la position politique catégorique dAndriessen pendant les années soixante-dix. Son unique "symphonie" est une oeuvre avec handicap intégré: la Symfonie voor losse snaren symphonie pour cordes à vide réaccordées intentionnellement. De même que ce choix délibéré dabandonner lorchestre symphonique pour le son idiosyncrasique densembles lui appartenant, au moyen de la création de formations telles que celle de Hoketus et celle toujours en mouvement De Volharding, produisit le son Andriessen typique; lidéal dune pratique musicale démocratisée prit forme dans la brillante homophonie de De Staat, avec ses blocs daccords et mélodies à lunisson qui exigent une précision très aigue.
Linnovation musicale est politiquement dangereuse, à en croire le quatuor pour à voix de femmes citant Platon dans le propre Politeia dAndriessen cest-à-dire De Staat. Prenant Brecht pour modèle, De Staat utilise lexemple pour le réfuter. Si cela pouvait être vrai! Si seulement Platon avait eu raison, crie la musique, non pas dans le texte grec chanté mais dans les notes sincères au fond dequelles les paroles sont enfouies. Cest un message idéaliste que la musique de Louis Andriessen même si cest un message entre les notes répète constamment sous des formes innombrables et variées, bien au-delà de The Last Day (du Dernier Jour).
Elmer Schönberger, 1998
(musicologue, auteur, compositeur, et coauteur avec Andriessen de létude sur Stravinski, The Apollonian Clockwork)
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